Les 700.000€ de frais captés par Unicef Belgique sur les dons Haïti

0

Poursuivant notre enquête sur les résultats du Consortium 1212, qui a récolté plus de 20 millions d'euros auprès des citoyens belges suite au tremblement de terre à Haïti, nous nous intéressons aujourd'hui à un de ses membres particuliers: l'Unicef. Une ONG qui a capté près d'un euro sur deux récoltés par le Consortium 1212.

Une pièce d'un euro cent (Photo: Michael Hänsch/ Mars 2013/ Flickr-CC)

Une pièce d'un euro cent (Photo: Michael Hänsch/ Mars 2013/ Flickr-CC)

 

Au sein du Consortium 1212, Unicef Belgique détient un profil particulier à plus d’un titre. Le Comité belge d’Unicef est une fondation d’utilité publique fédérale ayant à la fois le statut d’ONG, et le mandat pour représenter une institution des Nations unies. Benoît Melebeck, responsable de la communication pour Unicef Belgique :

"Nous ne sommes pas des fonctionnaires de l’ONU. Unicef Belgique ne reçoit pas de fonds structurels de New-York. Nous avons donc besoin de récolter des fonds auprès du gouvernement, des privés et du public pour fonctionner."

Autre particularité de l'ONG dans le Consortium 1212: elle reçoit beaucoup d’argent. Et en retient également beaucoup au niveau national et international. Unicef a capté presque un euro sur deux récoltés par le Consortium 1212. La clé de répartition des sommes récoltées prend comme base les dons reçus durant les trois dernières années par les cinq organisations. Dans ce type d’exercice, Unicef Belgique, avec 10 personnes consacrées au don, sponsoring et partenariats entreprises, est redoutable.

Des frais élevés

Sur les dons pour Haïti et le Tsunami, Unicef Belgique a conservé 2,2 millions d’euros de dons: l’équivalent de la rémunération totale son personnel en 2010

Sur les fonds reçus, Unicef a ponctionné 12,58% pour frais de gestion. Alors que les coûts liés au fonctionnement du Consortium sont déjà déduits de la somme versée, Unicef en retient donc 1,1 million d’euros supplémentaire. Ce montant se partage à deux tiers pour Unicef Belgique (713 000 euros) et un tiers pour Unicef international qui retient de 5 à 7% des dons récoltés.

Comment sont justifiés ces frais, d’autant plus étonnants qu’aucune action d'Unicef en Haïti n’est dirigée à partir de la Belgique? Ils ne le sont pas. Ce sont des montants forfaitaires. Une sorte de "taxe de passage", indépendante des frais effectivement générés.

En 2005, via l’action "Tsunami 1212", Unicef Belgique avait récolté 13,56 millions d’euros. Sur cette somme, près d’1,5 millions sont revenus à Unicef Belgique pour frais administratifs et 780 mille euros à Unicef International (soit 7% forfaitaire sur la somme récoltée diminuée des 10,81% déjà retenu par Unicef Belgique). Au total, de 13,7 millions d’euros récoltés, 11,17 millions sont consacrés au couts des programmes sur le terrain. Une retenue de 18,5% pour frais indirects.

Excessif? Erik Todts, coordinateur du Consortium 1212:

"Je n’émets pas de jugement de valeur. Il n’y a pas de normes dans le consortium. On peut juste donner des orientations. Avec le tsunami, on savait que les montants seraient énormes et on a voulu maintenir des frais le plus bas possible mais formellement, on ne prend pas position. A chacun de se justifier ses frais."

Des dossiers rangés dans un tiroir (Photo: Theen Moy/ Octobre 2012/ Flickr-CC)

Des dossiers rangés dans un tiroir (Photo: Theen Moy/ Octobre 2012/ Flickr-CC)

Des donateurs peu informés

Les donateurs sont-ils suffisamment informés de l'usage fait par Unicef Belgique des sommes retenues sur leurs dons?

Du côté d'Unicef Belgique, la responsable du suivi et de la coordination projets internationaux Isabelle Wolff explique que:

"N’ayant pas nous-mêmes d’action Sud, nous sommes obligés d’imputer nos frais de suivis et d’évaluation dans les coûts "Nord", là où les autres ONG peuvent les imputer comme des actions menées au Sud."

Mais renseignements pris auprès des quatre autres ONG du Consortium 1212, il n’en est rien: toutes déclarent ces frais dans le volet "direct management costs". (Coûts administratifs et de management liés au fonctionnement, ndle.)

Sur les deux récoltes Haïti et Tsunami, Unicef Belgique a gardé pour son siège 2,2 millions d’euros de dons, l’équivalent de la rémunération totale son personnel en 2010, charges sociales et pensions incluses. Il ne s’agit pas un montant anecdotique pour l’ONG belge des Nations unies.

Si ces retenues peuvent en partie se justifier par les actions d’éducation au développement et de lobbying menés en Belgique, les donateurs sont-ils suffisamment informés de cet usage? Le principe de l'agrément fiscal obtenu du Ministre obligeant à utiliser les fonds uniquement pour Haïti est-il respecté? Et à partir du moment où une ONG a un intérêt direct à solliciter les appels de fonds via le 1212, n’y a-t-il pas un risque à dénaturer la motivation même de ces appels?

Follow the money

Entre Unicef Belgique et Haïti, personne ne sait dire la somme d'argent perdue en chemin avant d’atteindre les bénéficiaires

Reste encore à savoir ce qui arrive effectivement jusque Haïti: y a-t-il encore des retenues d'argent par le siège Unicef Haïti avant que les fonds ne soient intégrés dans des programmes d’action? Ou les frais administratifs du siège sont-ils assurés par la structure internationale (notamment via la retenue des 7% comme évoqué plus haut)?

Malgré de nombreux échanges mail étalés sur plusieurs semaines avec un porte-parole d’Unicef, il n’a pas été possible d’obtenir cette information. Au bout de ces multiples échanges, le communicateur d’Unicef à Genève a jeté le gant, mentionnant qu’il n’a jamais reçu de réponses à ses questions du côté de Port-au-Prince et qu’il aurait espéré que le comité belge puisse me répondre car "c’était leur argent après tout". Entre Bruxelles et Port-au-Prince, personne ne sait ce qui se perd en chemin avant d’aller aux bénéficiaires.

Cette difficulté d’obtenir le détail des dépenses sur le terrain, le Consortium 1212 l’a également éprouvée en 2005 pour le Tsunami. Selon une source anonyme proche du Consortium, les approximations d’Unicef sur les comptes à rendre énervaient les autres partenaires. Ils avaient tous signés la charte de l’AERF et s’étaient engagés à rendre des comptes précis au donateur. Erik Todts:

"C’était la première fois que nous travaillions avec le réviseur. Il fallait anticiper les procédures d’audit et aucun réseau n’était prêt. Dans un premier temps, il était impossible de trouver une traçabilité des projets Unicef.

On a du mettre Unicef en demeure car ils n’ont pas fourni les données dans les délais. Est arrivé Yves Willemot (le directeur général actuel, ndlr.), passé par Genève, et il a montré la traçabilité des projets via les attributions de programmes."

Cela aurait-il généré une tension entre partenaires?

"Disons un petit malaise. Comment est-il possible de signer un engagement si ce n’est pas possible d’en assurer le suivi? C’était un exercice pour nous tous. Et cet effort de transparence est relativement unique en Belgique."

Et de rappeler que les seuls chiffres valables seront globalisés pour juin 2013. Le rendez-vous est pris.

Retrouvez la première partie de notre enquête sur les résultats belges de la récolte de dons pour Haïti: