La Grande-Bretagne hors de l'Europe, ses fonctionnaires européens de futurs chômeurs?

0

"Si mon pays décidait de sortir de l’UE, j’aimerais que la Belgique me propose la double nationalité."

Celui qui ironise de la sorte, c'est un fonctionnaire britannique du Conseil de l’UE. Fin janvier 2013, dans un discours bref mais sans équivoque, le premier ministre britannique David Cameron a promis d’organiser d'ici à 2017 un référendum sur le maintien de son pays dans l’Union Européenne. Si toutefois, il parvenait à être réélu aux prochaines législatives britanniques. Voici un extrait de ce discours:




Dans un sondage publié par The Times, si le référendum avait lieu aujourd'hui, 40 % des Britanniques interrogés voteraient en faveur d'une sortie de l'Union, tandis que 37 % accepteraient d'y rester. Les 23% restant représentant le groupe des indécis.

Mais la réponse peu crédible de notre fonctionnaire britannique démontre une chose: il règne actuellement un flou sur les conséquences d’un tel scénario. Et ils sont plusieurs à se préoccuper du sort qui leur serait réservé si le premier ministre britannique mettait ses menaces à exécution.

73 personnes à la porte

David Cameron protège plus son emploi personnel que celui des Britanniques

Concrètement, une sortie du Royaume-Uni engendrerait la disparition totale des eurodéputés britanniques à Bruxelles. Cela représente quelques 70 personnes, sans compter les quelques 200 assistants parlementaires.

La députée socialiste Linda McAvan refuse toutefois d’imaginer un tel scénario. Convaincue de se représenter aux prochaines élections du Parlement européen de 2014:

"David Cameron protège plus son emploi personnel que celui des Britanniques. Il essaie de gagner des voix pour les élections nationales mais il ne veut pas vraiment une sortie de l’UE."

Répondre à la question de savoir quel autre métier elle pourrait exercer si elle venait à perdre son emploi en 2017 n'a donc pour elle pas de sens.

Des légos aux couleurs de drapeaux. (Photo: Cemre/ Septembre 2004/ Flickr-CC)

Des légos aux couleurs de drapeaux. (Photo: Cemre/ Septembre 2004/ Flickr-CC)

L'argument de la langue

La situation est légèrement différente pour les employés du Conseil et de la Commission, qu’ils soient agents temporaires, contractuels ou fonctionnaires. Antony Gravili, porte-parole du commissaire en charge des affaires inter-institutionnelles et de l’administration Maros Šefcovic :

"Les fonctionnaires sont employés par l’Europe et non par l’État membre auquel ils appartiennent. En conséquence, si un pays venait à quitter l’UE, il reviendrait au fonctionnaire de décider s’il désire ou non continuer à travailler dans l’institution."

Mais lorsqu'on l'interroge sur la situation plus précaire des agents temporaires ou contractuels, dont la durée de fonction ne peut excéder 5 ans, sa réponse devient plus évasive:

"Il n’y aura pas forcément de conséquences sur les contractuels ou les temporaires, car la Commission continuera d’avoir besoin d’anglophones."

D’accord. Mais si on pousse le scénario à l’extrême, on peut imaginer que les langues de travail des institutions pourraient également être affectées par un tel remaniement. Bien sûr, il ne s’agit là que de pures spéculations et il reste difficile de chiffrer l’impact exact d’une sortie du Royaume-Uni sur les 1 400 britanniques du Conseil et de la Commission.

Union difficile

Parallèlement aux potentielles pertes d’emploi, la perspective d’un référendum risque de décourager encore davantage les Britanniques – déjà peu enclins jusqu’ici à s’enrôler – à passer les concours de l’Office de sélection du personnel des institutions et des agences de l'Union européenne (EPSO).

1.400 fonctionnaires britanniques à Bruxelles, c’est en effet très peu par rapport aux autres nationalités. Du moins comparé aux 3.636 italiens ou aux 5.950 belges. Antony Gravili:

"Au concours de 2010, il y a avait 51 000 candidats et seuls 7 Britanniques ont réussi. Et c’est problématique car l’Union européenne doit respecter une obligation légale d’équilibre géographique."

Selon lui, les explications les plus plausibles sont le manque d’attractivité des salaires, les connaissances linguistiques limitées et la mauvaise image des carrières européennes. La menace d’une sortie du Royaume-Uni en 2017 ne devrait rien arranger.

(1) L’article 50 du traité de Lisbonne fixe les modalités de sortie d’un État membre de l’Union européenne. En outre, l’Acte de 1976 portant élection des membres du Parlement européen au suffrage universel direct permet à un Etat membre de prononcer la déchéance de « ses » députés européens.