Vladimir Poutine est-il vraiment l'ami des animaux? N'en déplaise à Brigitte Bardot, on peut en douter

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Brigitte Bardot a su se faire entendre il y a quelques jours, lorsqu'elle a menacé de demander la nationalité russe si deux éléphantes malades du zoo de Lyon étaient euthanasiées. Car selon elle, le président russe Vladimir Poutine a fait bien plus pour la protection du monde animal que tous les présidents français réunis. Comme elle l'a expliqué au quotidien français Nice-Matin:

"Je lui [Vladimir Poutine] trouve beaucoup d'humanité. A chaque fois que je lui demande quelque chose, en principe il me l'accorde. Il a fait plus pour la protection animale que tous nos présidents successifs."

Vladimir Poutine

Vladimir Poutine en visite en Sibérie. (Photo: Capture d'écran de la vidéo Youtube de l'événement réalisée par l'AFP)

Poutine, l'ami de la nature? Au sein de la blogosphère russe et dans les pages de la presse d'opinion du pays, nombreux sont ceux à avoir apporté quelques précisions à ce sujet. Comme cette lettre adressée à l'actrice française par la journaliste Yulia Latynina qui a fait le tour du Web russe. Dans un texte publié sur le site de Radio Echo Moskvi, elle n'hésite pas à rétablir quelques faits concernant Vladimir Poutine et son rapport avec la nature

Notre journaliste Dirk Janssen l'a traduite du Russe, en voici les principaux passages.

Lettre ouverte à Brigitte Bardot

Chère Madame Bardot,

Vous avez annoncé demander la nationalité russe dans le cas où deux éléphantes malades du zoo de Lyon étaient euthanasiées. Vous avez également affirmé que le président Vladimir Poutine a fait plus pour la protection des animaux que tous les présidents français successifs.

Ceci n'est pas tout à fait exact.

Le président Poutine affectionne en effet faire étalage de son pouvoir sur le monde animal. Probablement pour les mêmes raisons qui poussaient les princes du Moyen-Âge à installer des zoos dans leur propre palais, afin d'affirmer ainsi leur pouvoir absolu sur les Hommes et les animaux.

Poutine en est un très bel exemple, lui qui a fait enchaîner des animaux comme un tigre de Sibérie, un léopard des neiges ou un ours polaire. Ou qui – à des fins scientifiques – est parti à la chasse aux bélugas et a réalisé un vol avec avec un groupe de grues. (Vol durant lequel deux oiseaux perdirent la vie, ndlr)

Il y a également le cas de ce léopard des neiges dénommé "Mongol", que l'on a montré en compagnie de Vladimir Poutine lors de sa visite de la région russe de Khakasiya, en Sibérie.

Tout spécialement pour l'occasion, l'animal avait été brusquement retiré de sa réserve de Sayano-Shushenskaya et transporté en hélicoptère jusqu'à l'endroit de la visite du président. Un mâle alfa, dont l'espèce est inscrite sur la liste rouge des espèces en voie de disparition et que les scientifiques observaient depuis près de dix ans dans son espace naturel.

Sur place, le léopard des neiges avait été confiné dans une cage et immobilisé par des techniques brusques lui ayant laissé de nombreuses blessures, s'ajoutant à celles occasionnées par la capture. C'était le 14 mars 2011. Vladimir Poutine est arrivé cinq jours plus tard, dans la nuit du 19 mars. Le président a malheureusement souvent du retard. [...]

Alcool, chasse et hélicoptère

En janvier 2009, un hélicoptère s'est écrasé non loin de la République de l'Altaï. Parmi les morts, des officiels du régime dont un certain Aleksandr Kosopkin: le représentant du président Dmitri Medvedev à la Douma (l'équivalent de notre Parlement, ndlr). L'accident s'est produit alors que ivres, Kosopkin et ses camarades chassaient l'argali, un mouton sauvage protégé dont il ne reste que 300 individus en Russie.

Un argali sur un rocher, Mongolie. (Photo: Paulo Fassina/ Juillet 2011/ Flickr-CC)

Un argali sur un rocher, Mongolie. (Photo: Paulo Fassina/ Juillet 2011/ Flickr-CC)

Depuis leur appareil, les comparses tiraient sur un groupe d'argalis s'effondrant les uns après l'autre, coincés sur un flanc de montagne d'où ils ne pouvaient s'échapper. Assez étrangement, la balle d'un des bourreaux a atteint le tableau de bord de l'hélicoptère avant que celui-ci ne s'écrase. Les corps des victimes se sont retrouvés mêlés à ceux des moutons sauvages. On a étouffé l'affaire.

Je me suis rendue à Altaï. On m'a raconté comment un berger avait assisté à ce massacre depuis une colline voisine. Il a fallu près de trois jours pour retrouver l'épave. Et pendant ce temps-là, les rescapés prenaient soin des blessés grâce à des chauffages de fortune.

Je ne pense pas que si on le lui demandait, ce vieux berger partagerait vos propos élogieux au sujet de Vladimir Poutine. [...]

Vingt-six résidences secondaires

Vladimir Poutine possède également 26 résidences secondaires. Ce qui le classe au deuxième rang des chefs d'Etat qui en possèdent le plus grand nombre, juste après le dictateur nord-coréen Kim Jong Un. La plupart d'entre elles ont été construites dans des espaces naturels protégés, impitoyablement détruits par le Tsar russe de la nature.

Sa résidence "Lunaya Polyana" (Le clair de lune, ndlr), a été construite dans une réserve naturelle unique en son genre, désormais complètement anéantie par les travaux. Il en va de même pour la "Big Utrish" de Dmitri Medvedev, dont l'édification s'est muée en une véritable catastrophe écologique.

Cette vague de constructions touche aussi l'entourage du président: non loin de sa demeure de Gelendzhik, le patriarche orthodoxe Kirill se fait lui aussi construire un palais gigantesque qui a nécessité la coupe de plusieurs centaines d'arbres protégés. [...]

Chère Madame Bardot, vous menacez de demander la nationalité russe si l'on met un terme à la vie de ces deux éléphantes. Je suis certaine que si vous demandiez à Vladimir Poutine d'intervenir, il affréterait tout spécialement un hélicoptère pour venir les chercher en France, leur accorderait la nationalité russe et les intégrerait avec beaucoup d'amour à un groupe de grues quelque part sur notre territoire.

Vous dites à propos du président russe que "[...] chaque fois que je lui demande quelque chose, en principe, il me l'accorde". Je vous crois bien volontiers sur ce point. Le problème, c'est que 110 millions d'électeurs russes ne possèdent pas ce pouvoir et ne peuvent rien lui demander. C'est un privilège que seul un petit groupe d'amis possède.

Bien à vous,

Yulia Latynina.