En Syrie, comment survire durant l’insurrection?

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Pour atteindre ses objectifs, dont l’un des principaux est de renverser le pouvoir en place, une insurrection doit réunir plusieurs paramètres. Surtout si le conflit doit s’inscrire dans la durée, surtout si l’ennemi est bien plus fort. D’un point de vue logistique et matériel, ces besoins sont basiques : des armes et leurs munitions, de la nourriture et de l’eau. Mais pas seulement, car il faut également se prémunir de conditions climatiques difficiles, même en Syrie. Jetez d’abord un coup d’oeil à cette photo:

Jebel Zawiya, Septembre 2012 (Photo: Damien Spleeters)

Jebel Zawiya, Septembre 2012 (Photo: Damien Spleeters)

 

Nous sommes dans le Jebel Zawiya, au sud d’Idlib. Une famille coupe du bois qu’elle stockera dans une pièce de la maison. Cette scène est fréquente, et nous avons pu en être témoin plusieurs fois pendant les jours que nous avons passés, au mois de septembre 2012, dans cette région d’où l’armée de Bashar al-Assad a été repoussée durant l’été. Et puis, ces trois autres photos:

 

Un homme rempli une cruche d'essence, Jebel Zawiya. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Un homme rempli une cruche d’essence, Jebel Zawiya. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Au coin d’une rue, un groupe de jeunes a installé un baril rempli d’essence. Les voitures et les motos s’arrêtent pour faire le plein, une cruche à la fois. Dans les villages et les villes du Jebel Zawiya, la scène se répète constamment. Au Nord, près de la frontière turque, dans les ville d’ad-Dana ou d’Atmeh, il n’est pas rare de voir plusieurs marchants d’essence dans une même rue. Le précieux liquide se vend à prix d’or.

L’hiver, dans le Jebel Zawiya, les températures peuvent parfois descendre assez bas, et il peut neiger. Durant notre séjour sur place, les habitants redoutait autant l’hiver qui s’annonçait que les bombardements réguliers. Avec des coupures d’électricité généralisées et fréquentes, et avec la pénurie actuelle de carburant, les familles du Jebel Zawiya se préparent à un second hiver en guerre. Et le premier était rude.

En témoigne cette vidéo publiée en juin 2012 sur YouTube, elle montre des combattants de l’un des deux groupes les plus influents du Jebel Zawiya: la Brigade Suqour al-Sham, commandée par Ahmed Abu Issa et basée dans le village de Sarjeh.

http://www.youtube.com/watch?v=K92FkimvQ8E

 

Customiser ses armes

Comme nous l’évoquions, sans armes, munitions, nourriture et eau, une insurrection populaire est vouée à l’échec. Les insurgés du Jebel Zawiya ont plusieurs moyensà leur disposition pour trouver des armes et des munitions, mais celles-ci restent, de manière générale, chères et difficiles à trouver.

Une arme, Bab al-Hawa. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Une arme, Bab al-Hawa. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Il n’est pas rare de rencontrer des combattants qui ne possèdent pas leurs propres armes. Nous avons également pu observer des munitions qui n’étaient pas appropriées aux armes utilisées: dans le meilleur des cas, l’arme ne tirera pas; dans le pire, le combattant pourra se blesser en tirant.

Cette pénurie en armes occasionne une mobilisation sociale intéressante où divers corps de métier s’organisent pour construire ou “customiser” des armes dont la qualité n’égale cependant pas celle d’armes conventionnelles. Néanmoins, cette organisation démontre une complexification de l’insurrection, ainsi que sa détermination et la profondeur à laquelle elle s’enracine dans la communauté. Le New York Times s’est penché en détails sur ce phénomène que nous avons également pu documenter.

 

Les boulangeries, des cibles privilégiées pour le régime

Pourtant, sans eau et sans nourriture, un combattant, armé ou pas, n’ira pas bien loin. Au menu des insurgés syriens du Jebel Zawiya:

Raisins dans le jardin d'une maison, Jebel Zawiya. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Raisins dans le jardin d’une maison, Jebel Zawiya. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Arbre fruitier dans le jardin d'une maison. Jebel Zawiya. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Arbre fruitier dans le jardin d’une maison. Jebel Zawiya. (Photo: Damien Spleeters, septembre 2012)

Après une chasse aux oiseaux, Jebel Zawiya. (Photo Damien Spleeters, septembre 2012)

Après une chasse aux oiseaux, Jebel Zawiya. (Photo Damien Spleeters, septembre 2012)

 

Si l’eau est plus difficile à trouver – un camion citerne passe remplir les cuves tous les quinze jours – la nourriture, en revanche, ne manque pas. Les arbres portent de nombreux fruits, les récoltes ont été abondantes dans les champs, et le pain est disponible. Le prochain hiver sera déterminant, mais il est encore trop tôt pour faire des pronostics.

Le pain est l’aliment de base dans la région. Alors que les boulangeries constituent une cible privilégiée pour le régime, qui tente sans doute de s’attaquer aux piliers de l’insurrection. Nous avons vu pu visiter l’une des dernières fabriques encore actives dans le Jebel Zawiya. Mais pour des raisons de sécurité, il nous est impossible de donner plus de détails sur le village dans lequel cette boulangerie se trouve.

 

Ici, on travaille 24/24h et 7/7j. La veille de notre visite, 255.264 pains avaient été produits avec 46 tonnes de farine. Les crêpes de pain sont vendues par dix, et les habitant s’adaptent aux bombardements ciblés des boulangeries: ils évitent désormais de faire la file devant les portes pour acheter leur pain. Les travailleurs se rendent dans les villages, en moto ou en camionnette, de jour comme de nuit, pour vendre la production à chaque famille.

Auteur: Damien Spleeters

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