Comment le PS et la NV-A collaborent sur le marché immobilier d'Anvers

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Sur le plan politique, la NV-A et le PS apparaissent comme les meilleurs ennemis du monde. Mais lorsqu'il s'agit de juteuses opérations immobilières, les oppositions politiques semblent tout de suite beaucoup plus accessoires. Apache a pu le constater avec la nomination du nouveau chef de cabinet de Bart De Wever: Joeri Dillen. Un homme entretenant des liens étroits avec une entreprise immobilière financée par un fonds de pension contrôlé par le PS. Toute une histoire.

L'information apparaissait depuis quelques jours sur son profil LinkedIn. Mais elle est depuis devenue officielle: Joeri Dillen est devenu le chef de cabinet du nouveau bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever.

Capture d'écran du profil LinkedIn de Joeri Dille, janvier 2013

Capture d'écran du profil LinkedIn de Joeri Dille, janvier 2013

 

Si vous n'avez jamais entendu parler de lui, cela n'a rien d'étonnant. Joeri Dillen, 37 ans, est complètement inconnu du grand public. Même en Flandre. A la surprise de nombreux observateurs, l'homme a rejoint l'équipe de Bart De Wever en octobre 2012, lors des tractations pour former une coalition politique à la ville.

Ensemble avec Lisbeth Homans, bras droit et meilleure amie de De Wever, Joeri Dillen a mené ces négociations pour la NV-A, a discuté avec les différents partis et a participé à la mise sur papier de l'accord de coalition.

On le nomme le "dévoreur de dossiers". Spécialisé dans les questions de développements urbains, il a rejoint l'équipe de Bart De Wever en raison de "sa connaissance approfondie de certains dossiers urbanistiques anversois". Ou peut-être plutôt, pour son savoir concernant d'importantes opérations immobilières en cours, comme a pu le découvrir Apache.

L'architecte

Le parcours professionnel de Joeri Dillen aurait de quoi faire des envieux: après une formation d'ingénieur architecte et d'urbaniste à la KU Leuven, il débute sa carrière en 1999 comme contrôleur de systèmes, avant de collaborer avec divers bureaux d'architectes.

Son aventure dans les milieux politiques commence en 2009, lorsqu'il devient conseiller au sein du cabinet de Ludo Van Campenhout, alors échevin anversois du développement de la ville. A cette époque, Ludo Van Campenhout est encore membre de l'Open VLD, avant de rejoindre la NV-A quelques temps plus tard.

Mais l'été 2012 fut tendu entre Van Campenhout et Joeri Dillen. En cause, de mauvais conseils de la part Dillen au sujet d'une grande affiche électorale de Bart De Wever au centre ville d'Anvers. Les deux hommes stoppèrent alors leur collaboration. Selon Dillen, ce fut le moment propice pour lui pour mettre sa carrière entre parenthèses quelques mois:

"Je n'étais pas satisfait du fonctionnement du cabinet, ça ne tournait pas de manière optimale. En plus de cela, avec l'arrivée de ma femme d’origine colombienne en Belgique, j'avais envie lancer mes propres affaires."

De fait. Rapidement, il devint le manager de trois grandes entreprises immobilières: le directeur opérationnel de la Société d'Investissement Foncière (SIF) et du Land Invest Group. Ainsi que directeur général de la firme nv Nattendijkdok, une entreprise en charge de la construction de tours d'habitation au bord de l'Escaut, dans un quartier en plein renouveau au nord de la ville d'Anvers: "'t Eilandje".

La sympathique famille Schaling

Derrière ces trois entreprises immobilières, deux hommes d'affaires néerlandais à la réputation peu reluisante: Paul Schaling et son fils, Marc. Il y a une dizaine d'années, leurs noms s'étaient retrouvés dans les médias hollandais en raison d'une gestion douteuse de leurs affaires

Le père Schaling est connu pour son mauvais caractère et sa brutalité. Il a un moment occupé le poste de directeur de la NMB-Heller, une filiale d'ING, créée pour venir en aide aux entreprises en difficulté. Les prêts de ces entreprises étaient convertis en prêts subordonnés, avant d'être échangés sous forme d'actions d'entreprises.

De cette manière, la NMB-Heller est notamment devenue propriétaire du fabricant d'ustensiles de cuisine en difficulté "Hans Verkerk Keukens". A la tête duquel on retrouvera quelques mois plus tard un étudiant en droit en décrochage scolaire, un certain Marc Schaling. Oui, le fils de l'autre.

Quand les socialistes se joignent à la fête

L'aventure belge de l'entreprise "Hans Verkerk Keukens" tourna au fiasco. Mais la famille Schaling n'a pas stoppé ses activités chez nous pour autant. En quelques années, le père et le fils ont pénétré en toute discrétion le marché immobilier anversois, mettant sur pied un véritable petit empire.

Pour concrétiser leurs ambitions immobilières en bord d'Escaut, il leur faut trouver des investisseurs. Ils créent ainsi en 2011 la Société d'Investissement Foncière et placent à la tête de son conseil d'administration un personnage connu: Luc Van de Bossche (SP.A), ancien ministre au fédéral et père de Freya Van de Bossche, actuellement ministre au gouvernement flamand.

Une nomination pouvant se révéler intéressante, au regard de la qualité du carnet d'adresses de l'ancien ministre et de ses contacts dans les milieux politiques. Sans oublier de noter que Luc Van den Bossche a par le passé été le président d'Optima, une société gantoise ayant investi dans le projet immobilier des Schaling.

Et le Parti Socialiste dans tout ça? On y arrive. Car dans leur recherche d'investisseurs, Paul et Marc Schaling ont également fait appel à un fonds de pension contrôlé par le Parti Socialiste: le fonds Ogeo Fund. Avec pour homme fort, le wallon Alain Mathot, bourgmestre de Seraing.

Les tours d'habitations sur 't Eilandje en bord d'Escaut. (Photo: Arcadis)

Les tours d'habitations sur 't Eilandje en bord d'Escaut. (Photo: Arcadis)

Dans la deuxième partie de cette enquête que nous publierons demain, nous plongerons un peu loin dans ces liens étonnants entre le PS, la NV-A et le secteur immobilier anversois.