La revue "24h01" arrive: parcours d'un projet de lecteurs

Un barbecue, fin du mois d'août 2012. Des membres du conseil d'administration de la fondation Abeo, active dans la dynamique du "droit au développement", discutent de leurs lectures. Ils en arrivent à un constat: aucun d'entre eux n'est abonné à un journal belge. Olivier Hauglustaine est présent, c'est le créateur de 24h01:

"On était une dizaine autour de la table. La conversation part là-dessus et je mets sur la table la revue XXI, que je connais depuis le tout début.

Tout le monde était un petit peu affligé par rapport à cette situation où, effectivement, on a en Belgique une offre éditoriale qui est proportionnelle à la taille de notre pays. Et encore, à la taille des communautés."

En sortant du barbecue, Olivier Hauglustaine décide de tester l’idée: sortir un "mook" belge (contraction des termes "book" et "magazine") sur le modèle de la revue française XXI. Il souhaite ainsi instaurer en Belgique francophone un projet mettant en avant le récit journalistique long, tout en prêtant une attention particulière à l'apparence graphique, à l'illustration et à la photographie.

Il contacte son amie journaliste Nathalie Cobbaut, aujourd'hui rédactrice en chef de la revue, ainsi qu'une autre amie, professeure en illustration à Saint-Luc (Bruxelles), Thisou, qui lui présentera deux collègues. Ils deviendront les directeurs artistiques de 24h01: Alessandra Ghiringhelli et Stephane De Groef.

Logo de 24h01

Financement participatif

L'équipe se forme rapidement mais se pose la question du financement. Les contacts sont pris avec des maisons d'édition qui se montrent très frileuses. Un nouveau produit éditorial sur un marché belge saturé? Non merci. Olivier Hauglustaine:

"Sur le territoire belge, aucune maison d'édition n'était prête à mettre l'argent nécessaire pour créer ce projet. La plupart nous ont dit: 'C'est super ce que vous faites. Allez-y. Si ça marche on vous recontacte'.

Avec ce postulat, on est fin de l'année 2012 et on a vite senti que le monde éditorial n'allait pas suivre de manière immédiate. Mais on s'est dit: nous on va le faire, on va lancer ce numéro un."

Il démarre alors une campagne de crowdfunding, un mode de financement participatif, via la plate-forme kisskissbankbank. Elle s'achève le 6 juillet 2013: 163 personnes ont permis à 24h01 de collecter 10.150 euros (la demande initiale était de 7.000 euros) en 60 jours. Cette expérience est un succès. L'argent nécessaire à la réalisation du numéro un est rassemblé. Les messages de soutiens se multiplient, Olivier Hauglustaine reçoit des propositions de journalistes, d'illustrateurs et de photographes désirant être publiés dans cette nouvelle revue belge:

"Tous les contributeurs convenaient que c'est quelque chose qui manquait. Ils veulent que ce projet existe parce qu'ils veulent l'acheter, parce qu'ils veulent le lire. Et surtout 24h01 a un regard belge, ça parle de chez nous."

Une année s'est écoulée depuis la conversation autour d'un barbecue, et 24h01 va enfin pouvoir voir le jour grâce à des lecteurs qui ont créé le magazine qu'ils aimeraient lire.

La fondation

Homepage du site d'Abeo (Photo: capture d'écran)

Homepage du site d'Abeo (Photo: capture d'écran)

Derrière ce projet, on retrouve la fondation Abeo dont Olivier Hauglustaine est également le directeur:

"La fondation est active essentiellement dans la coopération au développement. Mais de manière beaucoup plus large et humaniste, elle fait de la sensibilisation à la coopération et au développement ici, en Belgique.

Faire des publications qui vont dans le sens de changer la perception des choses est quelque chose d'autorisé dans ses statuts. 24h01 s'inscrit parfaitement dans cette lignée d'un changement de la perception des choses."

Il affirme que ce projet vise à poser un acte citoyen dans le milieu éditorial, principe que l'on retrouve sur le site internet de la fondation:

"Nous pensons que l’indépendance et l’esprit critique sont les fondements même du journalisme. Dans une société, les journalistes sont les garants d’un regard indépendant sur la marche du monde. [...]

Nous travaillons avec des journalistes qui ont la volonté de contribuer à la recherche de la qualité du journalisme offrant aux lecteurs leur vocation, leur talent, leur créativité, leur leadership et leur esprit de service à la société."

Outre l'apport d'une structure institutionnelle, la fondation Abeo soutient également financièrement 24h01 à hauteur de 30% de la somme investie au départ.

De nombreux soutiens

24h01 a bénéficié de nombreux soutiens. Les mille premiers exemplaires du numéro 1 sont offerts par l'imprimeur, la salle pour la soirée de lancement est prêtée gratuitement, la Compagnie des lecteurs et des auteurs a offert ses services pour la relecture de tous les textes. Mais surtout, tous ceux qui ont participé au numéro un l'ont fait bénévolement. De même pour l'aide apportée par Benoît Grevisse, professeur et directeur de l'école de journalisme de Louvain-la-Neuve (UCL), nommé "conseiller spécial" pour 24h01:

"Je les ai aidé sur la réflexion sur l'avenir. C'est sûr que si on veut pérenniser le projet il faudra professionnaliser le modèle. Il y a aussi eu de l'aide en ce qui concerne la qualité rédactionnelle.

Sur l'écriture, plus particulièrement, avec la rédactrice en chef. On a passé en revue les textes, on a travaillé sur le chemin de fer, sur toute une série de choix éditoriaux."

Le partenariat avec l'UCL va plus loin puisque dès cette année, une démarche spécifique sera dédiée à de la production pour 24h01 par les étudiants de 2e Master à l'intérieur du cours sur le journalisme narratif. Olivier Hauglustaine est lui-même issu de cette école. Il n'a pourtant jamais exercé comme journaliste. "En janvier dernier, on commençait à recevoir beaucoup de propositions, et on s'est dit que ce serait intéressant d'avoir un oeil de théoricien sur le journalisme." Il téléphone alors à Gérard Derèze, président de l'Ecole de communication et discute avec lui du projet. En même temps l'ULB contacte l'équipe de 24h01: "et puis voilà, il a fallu choisir, comme on est pas loin, j'y avais été..."

L'initiateur a su rapidement s'entourer de professionnels, pour les contenus journalistiques ou artistiques. Jean-Luc Fonck, Juan D'Oultremont, Gaël Turine, et bien d'autres noms ont accepté de participer au numéro un sans contrepartie. Un soutien suivi par la ministre de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanan, croisée par hasard dans une soirée. Ils discutent du projet, elle lui propose de renvoyer un dossier pour aider au lancement:

"Ce qu'ils ont trouvé d'intéressant à la Fédération Wallonie-Bruxelles, c'est qu'il est important de favoriser la création d'un outil éditorial comme celui-là en Belgique francophone et d'en faire un outil de promotion de la culture belge à l'étranger.

Donc ils nous ont dit qu'ils allaient nous soutenir pour le lancement. Un one shot, qu'on n'a pas encore reçu... Je ne sais pas quand on l'aura."

Page 78 du numéro de 24h01 à paraître (Photo: site 24h01)

Page 78 du numéro de 24h01 à paraître (Photo: site 24h01)

Un mook monté à l'envers ?

24h01 rassemble les ingrédients nécessaires à un bon lancement: des noms belges, des soutiens financiers et politiques et une visibilité sur Internet. Il leur reste néanmoins à assurer la diffusion et pérenniser le modèle. Car si le projet semble original en Belgique francophone, il ne l’est pas pour le marché de la presse francophone. Pas moins d’une dizaine de nouveaux titres de "mook" ou de magazines qui se disent "différents" sont sortis ces dix dernières années. En se basant sur le même postulat: "ce qu’on fait n’existe pas, on se lance sans modèle économique et sans business plan et ça va marcher!"

Si la formule fonctionne effectivement pour certains (So Foot, Causette, Néon, 6mois pour ne citer qu’eux) ici le pari est d’autant plus osé que le produit n’est pas si différent puisqu’il fait largement penser à XXI ou encore à Feuilleton. À l'intérieur, 200 pages de reportages, de BD, d'illustrations, de photographies, de textes qui font parfois s'entremêler le réel et la fiction.

Comme l'affirme son créateur: "ce projet repose sur un triptyque qui est vraiment très important : le fond de l'écriture, la forme de l'écriture, mais aussi le résultat papier – le physique, le graphisme, le produit en tant que tel". Mais, il l'assure, la différence tient dans son "regard belge":

"[...] pour mettre en évidence un type de journalisme et suffisamment en vendre pour payer les gens, et les payer mieux que ce qu'ils sont payés par ailleurs dans les boulots de pigistes au signe dans les quotidiens."

Avec l'objectif honorable d'atteindre au moins 4.000 exemplaires vendus pour le premier numéro, la viabilité financière de la revue dépendra de ses ventes pour survivre, comme toute presse non subventionnée et sans publicité. Pour sortir le premier numéro, toute l'équipe a travaillé bénévolement. Mais ce ne sera pas le cas des numéros suivants:

"Si ça marche, les maisons d'édition reviendront vers nous. Mais ce qu'on ne fera jamais, c'est changer la ligne éditoriale. Zéro publicité, reportage, indépendance totale du journaliste, plusieurs formes d'expression. Ça, ce n'est pas à vendre.

24h01 est entité. Si à un moment c'est absorbé par un groupe de presse, ça sera peut-être important pour le côté financier, mais ce n'est pas un objectif."

Sans publicité, ni modèle économique – la périodicité n'est pas encore définie –, 24h01 fera son entrée sur le marché au prix de 17,50 euros le 23 octobre 2013.

één reactie RSS

  1. Je vous félicite
    lectrice de "6 mois" et de xx1 je suis impatiente de vous découvrir
    je file chez mon fournisseur demain en espérant le trouver là bas
    bravo et persévérez!!!
    valérie

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