Yiwu, capitale mondiale du "Made in China"

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C'est une terre, un sol trop rocailleux pour l'agriculture. Les paysans l'ont rapidement délaissée pour d'autres contrées. Mais l'Homme étant ce qu'il est, certains ont fait le choix d'y rester et de s'adapter à cet environnement naturel. Si le sol ne les nourrit pas, pourquoi pas y bâtir des commerces?

Dans les rues de Yiwu aujourd'hui, on croise peu ces agriculteurs qui quittent désormais en masse les campagnes chinoises pour les centres urbains. Par contre, Porsches, Land Rovers et Maseratis y circulent en abondance. A en croire ces signes extérieures de richesse, le défi d'adaptation a été relevé.

Gigantisme

Si la ville de Yiwu résonne désormais avec le mot richesse, elle le doit en grande partie aux privilèges que les politiques chinois lui ont accordé des années durant. Quand le dirigeant Deng Xiaoping entame l'ouverture de la Chine au monde extérieur, Yiwu se voit octroyer le statut de zone commerciale spéciale, avec des avantages en matière d'import-export que les autres villes du pays n'obtiennent pas.

Aujourd'hui, la croissance économique du pays dépend encore fortement du reste du monde: elle tourne essentiellement grâce à ses exportations. La consommation intérieure doit encore croître en parallèle avec le développement de classe moyenne chinoise. Et la ville d'Yiwu représente un rouage important dans la stratégie d'exportation du pays. C'est ainsi que la cité est progressivement devenue le plus grand marché au monde pour le commerce des petites marchandises.

"Les vendeurs? On dirait des pêcheurs endormis en train d'attendre le poisson"

Si vous pouvez tenir un objet entre vos mains, quel qu'il soit, il est pratiquement certain que vous pourrez l'acheter à Yiwu. Dans son ensemble, l'espace commercial de la ville correspond à une superficie de plus de 500 terrains de football. La zone destinée au commerce international est un bâtiment d'une longueur de plus d'un kilomètre encerclant la ville, divisé en cinq parties de cinq étages chacune. Visiter chacune des échoppes qui y sont présentes nécessiterait plusieurs semaines.

Chaque bâtiment, chaque étage de la zone commerciale possède sa propre thématique: le marché aux fleurs en plastique, aux montres, aux ours en peluche, aux couettes et couvertures, aux luminaires disco, aux jeux de cartes, aux vis, au matériel de sécurité, aux iPhones/iPads, aux housses de protection, aux tasses en plastique, aux tasses en bambou, aux faux ongles, aux faux cils, aux valises à roulettes, aux fausses chaussures "All Star", aux chaussures à talons hauts, aux sous-vêtements, aux miroirs, aux petits récipients, etc. Mais le plus agréable est sans conteste le marché de Noël (à découvrir dans le film ci-dessous)

Pêcheurs apathiques

Enfin, "agréable" n'est peut-être pas le bon terme. Un avis que partage Feng Li, un jeune vendeur indépendant qui a pris deux jours de congé pour me faire découvrir Yiwu:

"Les vendeurs sont d'une telle apathie ici: regardez-les, tous en train dormir derrière leurs écrans d'ordinateur. On dirait des pêcheurs en train d'attendre le poisson."

Feng Li a raison. Je m'étais attendu à tout autre chose: beaucoup d'animation, des ventes à la criée, des vagues d'acheteurs négociant et pestant afin d'obtenir meilleur prix. Mais non, rien de tout cela. Les allées sont désespérément vides. Comment tous ces gens peuvent-ils vivre de ce travail? Feng Li:

"Il y en a seulement quelques-uns qui gagnent beaucoup d'argent à Yiwu, surtout les locaux. Mais la plupart des gens ne gagnent ici qu'environ 2.000 yuan par mois (250 euros). Comme moi, ils viennent d'autres villes pour tenter leur chance ici.

Personne ne fait d'effort pour la vente, cela ne semble pas les intéresser. Ils n'ont pas de lien avec les produits qu'il vendent. La seule chose qu'ils désirent, c'est gagner de l'argent. Voilà ce que c'est la Chine aujourd'hui."

Est-il différent des autres? Pourquoi est-il venu lui aussi à Yiwu?

"Pour gagner de l'argent, qu'est-ce que tu crois ! Mais j'essaie de mettre un peu plus d'entrain dans mon travail. Un bon vendeur doit charmer sa clientèle. Mais j'ai besoin d'argent, comme tout le monde.

Sans ça, je ne peux pas me trouver une fille avec qui me marier; et sans femme je ne peux pas être heureux. Reviens dans deux ans et je viendrai te chercher à la gare en BMW avec un enfant sur les genoux!"

Découvrez la ville de Yiwu en vidéo avec Jeroen Deckmyn, en compagnie de Feng Li (en néerlandais):

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