La juteuse vente d'un garage Renault à Anvers et ses connexions politiques

3 september 2013 Tom Cochez, Georges Timmerman
(Beeld: Land Invest Group)
(Beeld: Land Invest Group)
(Beeld: Land Invest Group)
Le site du garage Renault d'Anvers (Photo: site internet Land Invest Group)

Derrière la société Kouter, se cachent deux hommes d'affaires: Maurice De Velder, le patron de Think Media, et le gantois Tom De Wilde. Comment se sont-ils partagés cette somme, 50/50? Tom De Wilde:

En voilà une question bien indiscrète. Mais oui, comme il y a deux actionnaires, c'est l'option la plus logique.

En s'intéressant au parcours de Maurice De Velder, on remarque rapidement quelques passages houleux, comme cette condamnation en 2004 pour faux, corruption, abus de confiance et blanchiment d'argent. De son côté, le gantois De Wilde participe en tant que petit actionnaire à l'aventure Think Media et s'occupe d'affaires diverses. C'est à lui que revient de gérer les affaires immobilières du duo, car "Maurice n'a pas le temps de s'occuper de ça".

Relations politiques

Le second acheteur de ce garage apparemment fort prisé, la "Tunnelplaats SA", se révèle être une filiale de la Société d'Investissement Foncière (S.I.F) appartenant à Paul et Marc Schaling. Nous avions déjà croisé ces deux hommes il y a quelques mois, au détour d'une enquête sur les liens entretenus par le PS liégeois et la N-VA sur le marché immobilier anversois. Nous avions alors découvert que l'actuel chef de cabinet de Bart De Wever, Joeri Dillen, avait occupé le poste de directeur opérationnel de la S.I.F jusqu'à la fin de l'année 2012, date de son arrivée aux côtés du nouveau bourgmestre d'Anvers.

Si on retrouve à nouveau le PS liégeois loin de sa contrée d'origine, c'est que le fonds de pension "Ogeo Fund" - créé dans les années 80 pour les employés de l'ALE (Association Liégeoise d'Électricité) et chapeauté par un conseil d'administration aux mains du PS – détient 50% de la S.I.F. A sa tête, l'ancien ministre fédéral socialiste Luc Van den Bossche, qui officie également dans les hautes sphères de la banque Optima. Par le passé, Optima et la S.I.F ont d'ailleurs scellé un accord financier important concernant l'achat de grandes tours d'habitations dans le quartier nord d'Anvers, un autre projet des Schalings.

Mais pour ce qui est de l'achat du garage Renault, De Velder et De Wilde affirment en coeur que "le politique n'a rien à avoir avec ce dossier". Très bien. Mais comment expliquer cette énorme marge bénéficiaire de plus de 3 millions d'euros en une seule journée? Les deux hommes sont-ils des hommes de paille? Maurice De Velder:

Je ne suis pas une marionnette. Je connais la réputation des Schalings, ils ne nous ont rien proposé. Et non, je n'ai versé de commissions à personne. No way!

Et les Schalings (via la société Tunnelplaats nv) savaient-ils que les deux hommes avaient acheté le garage, le même jour, pour un prix bien inférieur? Tom De Wilde:

Bien sûr que non. Si vous vendez une voiture vous n'allez pas dire le prix auquel vous l'avez acheté!

Pourtant, comme l'indique une source bien placée, "Je pense que les Schalings savaient que De Velder et De Wilde allaient se faire un bon bénéfice dans cette opération". Si tel est le cas, pourquoi ont-ils accepté le marché? Nous n'avons malheureusement pas eu de réponse à cette question importante, la secrétaire des Schalings nous ayant fait savoir que tous les responsables du groupe se trouvaient présentement à l'étranger et ne pouvaient répondre à nos questions.

Négociations

Dix-huit mois avant la juteuse opération du duo, le groupe Renault France mettait officiellement son bien en vente: un appel d'offres, une quinzaine d'acheteurs intéressés et autant de propositions d'achat sous enveloppes fermées, contrôlées par un cabinet d'avocats. En proposant 6.000.001 euros, la société Kouter avait fait l'offre la plus élevée. S'en sont suivis d'âpres discussions avec Renault France au sujet de la remise en état du site.

Au final, le négociateur parisien du groupe français accorde à Maurice De Velder et Tom De Wilde une réduction de 180.000€ pour d'éventuelles opérations d'assainissement du sol. La société Kouter fera de même lors de la revente du bien en diminuant le prix de 154.400 euros pour les mêmes raisons. Tom De Wilde:

Le négociateur de Renault n'a pas bien évalué son dossier, il aurait pu mieux s'en tirer. Mais bon, que voulez-vous ? Et ne nous sous-estimez pas: on a beaucoup travaillé sur ce dossier pendant deux ans.

Nous n'avons pu confirmer la date à laquelle le compromis de vente entre les sociétés Kouter et Tunnelplaats a été signé. Mais cela a dû en principe se dérouler 4 mois avant l'exécution de l'acte de vente, soit à partir d'août 2012. Et au vu des dates des missions du notaire Boeykens, le chef de cabinet de Bart De Wever Joeri Dillen devait connaître les plans du groupe des Schalings puisqu'il en était encore le directeur des opérations.

(Beeld: site Land Invest Group)
Façade du garage Renault, Anvers (Photo: site internet Land Invest Group)

Incohérences

Encore plus frappant: la fameuse société Tunnelplaats a été créée un mois pile avant la double vente du garage Renault (le 22 novembre 2012). Et le jour de le double transaction, l'entreprise S.I.F qui en est la propriétaire changeait de nom pour devenir la "Land Invest Group". Le père et le fils Schaling n'ont pas pris la peine de se déplacer chez le notaire pour l'achat du garage, ils ont préféré envoyer leur directeur financier Richard Schaap. L'addition de chacun de ces éléments permet de penser qu'il y a eu là tentative de dissimuler la véritable nature de cette transaction.

L'attitude, les mensonges et demi-vérités de Maurice De Velder n'arrangent rien. En janvier 2013, nous l'avions déjà interrogé sur cette affaire. Il confirmait alors avoir bien acheté le garage et qu'il prévoyait de développer le site lui-même. Pourtant, alors qu'il avait déjà revendu le garage depuis trois semaines, il nous avait affirmé le 11 janvier 2013:

Je n'ai rien à voir avec cette société, Tunnelplaast... Je n'ai jamais entendu parler d'Ogeo Fund et je ne connais ni les Schalings, ni Joeri Dillen.

Nous lui avons rappelé ce passage. Mais Maurice De Velder n'est pas pour autant revenu sur ses propos :

Vous me permettrez de ne rien dire en ce qui concerne les accords commerciaux que nous avons conclu. Je ne vais quand même pas tout vous dévoiler! Je n'ai pas l'intention de diffuser tous les détails de cette affaire dans les médias. Alors oui, il y a une différence entre le prix d'achat et le prix de revente. Et alors? Ça signifie juste que nous avons bien travaillé: beau boulot monsieur De Velder!

Gratter le ciel

Sur les 14.000 mètres carrés du site, Land Invest Group prévoit de créer une combinaison " [...] d'appartements résidentiels, de logements étudiants, d'appartements adaptés, de centres de soins, de commerces et de parkings souterrains". D'ailleurs, selon l'architecte du projet Jan Veelaert interviewé par la Gazet van Antwerpen, le projet traverse une phase délicate:

Nous voulons débuter la meilleure des collaborations possibles avec la ville d'Anvers, surtout quand il sera question de discuter de comment notre bâtiment devra s'intégrer dans ville et les services qu'il proposera.

Tom De Wilde :

Nous avions aussi parlé avec le département urbanisme de la ville. Mais ce nouveau projet sera plus important, et donc plus haut que le bâtiment actuel. Land Invest Group a fait une bonne affaire.

Divers spécialistes du secteur immobilier pensent que les porteurs de ce projet veulent "monter très haut":

D'après le règlement, on ne peut construire en hauteur à cet endroit. Mais la nouvelle majorité à la ville est moins regardante en la matière, et une dérogation est toujours possible.

Ce qui pourrait signifier des gains supplémentaires pour le duo De Velder - De Wilde. Un oeil vers le ciel, l'autre sur les document, on ne perd pas le dossier de vue.

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