Edmée De Groeve, la blanche colombe condamnée qui réveille les affaires du PS

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"Grandeur et décadence d’une femme d’influence et de pouvoir". C’est en ces termes que le parquet de Charleroi, représenté par le premier substitut Nabil Sanhaji, décrivait Edmée De Groeve, l’ancienne administratrice de référence du PS. Jugée à Charleroi pour des formes d’enrichissement personnel, le premier verdict judiciaire est tombé ce mercredi 26 juin: 15 mois de prison avec sursis. Une décision qui influencera d'autres affaires en cours touchant Didier Bellens (patron de Belgacom) ou Pierre Urbain (bras droit d’Elio Di Rupo).

En cause? Des faits qui remontent à l’époque pas si lointaine où la présidente de l’aéroport de Charleroi était aussi la femme de tête de la SNCB et de La Loterie Nationale. Et où elle avait pris l’habitude de rentrer des notes de frais à plusieurs endroits. Faux, usage de faux, détournement, escroquerie et abus de biens sociaux. Voici l'extrait du JT de RTL-TVI de juillet 2009 à ce sujet:

Chez De Groeve, il y a sans doute cette circonstance aggravante: la gestionnaire au-dessus de tout soupçon était accourue à Charleroi en 2007, soit deux ans après le déclenchement d’affaires politiques assez navrantes. Elle avait succédé à Robert Wagner, un ami d’affaires de Van Cauwenberghe, poussé à la démission pour d’autres suspicions de détournements (de subsides).

Choisie par le PS d’Elio Di Rupo, elle était censée remettre de l’ordre. Elle incarnait les espoirs d’une nouvelle génération politique. Echevins, bourgmestres, hommes d’affaires: à son arrivée, autour d’elle, des affairistes présumés tombaient comme des mouches.

Les frères Di Rupo et Magnette aux Canaries

Mais le 15 juin 2009, déjà, La Libre Belgique lance le premier coup de semonce: "L’aéroport régale la présidente et ses amis". Sous le titre de l'article, il est question d’un voyage organisé aux Iles Canaries et payé par l’aéroport de Charleroi, lui-même financé par de l’argent public. Lors du premier vol de la compagnie Jetairfly à Ténérife, le 25 octobre 2008, Edmée De Groeve avait mené la grande vie avec quelques invités triés sur le volet. Tiens, donc: Franco Di Rupo, le frère de l’homme politique et soutien officiel de l’administratrice de référence du PS; ou encore Pierre Magnette, dont le frère Paul était à l’époque ministre fédéral.

Durant l’été 2009, la justice carolo perquisitionne, pousse l’enquête, s’intéresse à d’autres anomalies. Elle établit que le voyage à Ténérife serait un beau cadeau de 10.000 euros, profitant aux frères ou amis des amis politiques. Que la présidente De Groeve dépense jusqu’à 2.000 euros d’essence à l’aéroport de Charleroi, alors qu’elle a une carte de carburant à la SNCB. Qu’elle s’octroie de "petits" avantages dont le cumul dépasserait les 200.000 ou 300.000 euros, etc. Edmée De Groeve est inculpée, puis démissionne dans la foulée, au début d’octobre 2009.

Pour l’ensemble de ces préventions, le parquet de Charleroi avait requis un an de prison avec sursis. Une sanction qui brouillerait pour de bon l’image ternie d’ "une Flamande qui s’est investie pour le bien de la Wallonie" selon Marc Preumont, son avocat. Il réclame son acquittement:

"Oui, il y a eu des dysfonctionnements. Tout le monde s’en fichait. Elle en premier. Les autres aussi."

Une vision des choses qui rappelle la défense de Claude Despiegeleer, l’ancien bras droit de Jean-Claude Van Cauwenberghe. Condamné pour s’être accaparé une chaudière destinée à une école de cette ville en grande difficulté, mais qu’il utilisait pour la piscine de sa petite maison de Carcassonne. Pincé, Despiegeleer s’était exclamé: "Mais on a toujours fait comme ça!"

Les affaires de Mons

En 2010, des perquisitions sont menées dans l’hôtel de ville de Mons

Ce verdict judiciaire sera sans doute suivi avec attention dans les rangs socialistes et au siège de Belgacom. Car en mai 2010, c’est une deuxième affaire "De Groeve" qui éclate. Cette fois, des perquisitions sont menées en plein cœur de l’hôtel de ville montois, où quasi tout est retourné. Sauf le bureau du bourgmestre Elio Di Rupo. La justice cherche à comprendre certaines opérations immobilières douteuses, relatives à du logement et à du commerce. Une mine de renseignements étonnants sont saisis et analysés.

En juillet 2011, Edmée De Groeve est inculpée pour corruption active. Et qui dit corrupteur dit corrompu. C’est alors Didier Bellens, CEO de Belgacom, qui est inculpé dans la foulée. Les deux patrons d’entreprises publiques se seraient arrangés pour la vente à bas prix d’un immeuble appartenant à une filiale de Belgacom, ceci au bénéfice d’une société contrôlée par Edmée De Groeve. L’enquête est en cours…

De Groeve, décidément, porte la poisse au bourgmestre devenu Premier ministre. C’est en enquêtant sur elle que la justice coince au passage le secrétaire communal de Mons Pierre Urbain, bras droit administratif d’Elio Di Rupo. Pour des faits qui n’ont rien à voir, Urbain est inculpé en mars de cette année pour sa participation présumée à une "organisation criminelle". Cela commence à faire beaucoup.

 

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