Avec l'opération Vauban, Paul Magnette joue le plan militaire pour changer Charleroi

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Au cœur de Charleroi, l’impérialisme du laisser-faire et des incivilités a fleuri comme une plante invasive. Le balancier de la tolérance est allé trop loin, retour à l’ordre public et à la guerre ouverte à toutes les formes d’infractions et de dérives. Le bourgmestre Paul Magnette (PS) vient de donner le coup d’envoi d’une opération de longue haleine, l’opération Vauban. Inédite en Wallonie-Bruxelles par son ampleur et sa transversalité, elle a des accents de déclaration de guerre: l’impunité, c’est fini.

Eglise Saint-Christophe sur la place Charles II, ville haute, Charleroi (Photo: isamiga76/ /Flickr-CC)

Eglise Saint-Christophe sur la place Charles II, quartier de la ville haute, Charleroi (Photo: isamiga76/ Mars 2010/Flickr-CC)

Promenez-vous dans l’intra ring de Charleroi, entre ville basse et ville haute, vous constaterez à quel point la ville va mal. Misère, petits trafics, délinquance. Sur fond d’anarchie. Des automobilistes s’autorisent à se garer n’importe où - tant pis pour les piétons. Des citoyens sortent leurs poubelles quand bon leur semble - tant pis si la collecte des déchets n’est que la semaine suivante. Des dealers trainent en rue, la prostitution gangrène le quartier de la rive gauche de la Sambre pendant que l’incivisme règne en maître.

Les marchands de sommeil prolifèrent, des commerçants se sont même appropriés la voirie tandis que des bâtiments offrent à voir le spectacle miteux de panneaux de bois aux fenêtres. Pitoyable? En effet. Charleroi donne l’impression d’avoir été abandonnée à son sort, inspirant un large sentiment d’insécurité.

Jouer de sévérité

Redresser cette cité industrielle qui rayonnait jadis, la rendre à ses citoyens qui ne la reconnaissent plus, c’est l’objectif de la majorité tripartite PS-MR-CDH conduite par Paul Magnette. Le président du PS l’avait annoncé à son arrivée: "Les droits iront de pair avec les devoirs. Le temps du far west est passé, place à celui du respect".

Le coup d’envoi a été donné fin mars, à travers une action spectaculaire en ville, organisée en synergie avec les services d’inspection, organes de contrôle et de répression de tous les niveaux de pouvoirs. Concrètement, une centaine de policiers, contrôleurs fédéraux et régionaux, magistrats (notamment l‘auditeur du Travail) ont été réquisitionnés. Objectif: combattre les fraudes et les incivilités quotidiennes.

Trois vagues d’action se sont succédées: la première pour lutter contre la présence d’étrangers en séjour illégal faisant l’objet d’ordres de quitter le territoire, la seconde ciblée contre les infractions aux législations sociales, fiscales, sanitaires en vigueur; la dernière de sécurisation policière. Les résultats apparaissent convaincants puisque plusieurs dizaines de PV ont été établis donnant lieu à des arrestations, des rapatriements de force, des saisies ou des poses de scellés.

Un premier avertissement qui a ciblé le quartier de la ville haute. Paul Magnette:

"Les problèmes s’y concentrent. C’est là que le sentiment d’insécurité est le plus perceptible, même si les faits recensés ne confirment pas l’existence d’une criminalité plus inquiétante qu’ailleurs.

Avec l’ensemble des administrations, polices, organes d’inspection et de répression, nous avons mené cette action coordonnée qui apparait comme une première wallonne par l’ampleur des moyens mis en œuvre."

Et ce n’est qu’un début. Pas question en effet de relâcher la pression. "D’autres actions suivront, chaque quinzaine" dit Magnette. La fraude sera traquée imperturbablement. Les contrôles cibleront les problèmes de manière alternée et coordonnée, toujours en synergie. Terrain prioritaire de ce plan de bataille: la ville haute, dans le périmètre du ring. Quand l’opération y aura fait durablement ses preuves, elle sera étendue à d’autres quartiers, jusqu’à se généraliser sur tout le territoire. Une véritable déclaration de guerre aux abus de droits et aux dénis de devoirs? Exactement.

Amorcer la mue

Le scénario de l’opération Vauban comporte sept phases d’offensives et de mesures d’amélioration du bien être: d’abord et avant tout, le respect absolu de la loi, dans toutes ses composantes. Charleroi s’impose la tolérance zéro pour organiser le retour de l’ordre public. En collaboration avec la police fédérale, l’office des étrangers, les inspections régionales et fédérales (ONSS, Inami, Afsca, ORES), des actions de contrôles se répéteront à intervalles réguliers.

De même, la ville se donnera les moyens de veiller à la parfaite application de ses propres règlements en matière de logement, d’urbanisme, de propreté, d’incivilité, d’occupation de l’espace public. Des renforcements de la législation viendront dans la foulée, notamment pour régir la mendicité et la prostitution. Une étude juridique a été lancée en vue de garantir une mixité commerciale et de réguler la prolifération des enseignes low cost (solderies et night shops).

Dans un an, l’entrée en application de la nouvelle loi sur les sanctions administratives devrait permettre d’étendre les champs d’intervention et le dispositif de sanctions, en ce compris les travaux d’intérêt citoyen (imposer le nettoyage d’une façade par celui qui l’a tagguée par exemple). Mais pas de devoirs sans droits: de son côté, la ville veillera à installer les conditions d’un renouveau urbain. Nettoyage et remise en état des voiries, rénovation de ville en profondeur avec recours à des cofinancements européens et régionaux, animation des quartiers (fêtes, culture, sports), stimulation de la participation citoyenne. Il y a de quoi faire.

Par cette action coordonnée et transversale, le collège veut amorcer la mue de Charleroi. Plus qu’une opération de com’, il s’agit d’un vrai et grand défi politique. Tic tac tic tac tic tac: l’horloge tourne. Il reste 5 ans et 6 mois à la majorité pour remplir son contrat.