Alain Gerlache, ex porte-parole de Guy Verhofstadt: “On ignore la part d’improvisation dans ce métier”

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Si Alain Gerlache est désormais le spécialiste des médias interactifs sur la RTBF, entre 1999 et 2003, c’est au service du premier ministre libéral de l’époque Guy Verhofstadt qu’il mettait à disposition ses talents de communicant bilingue.

Alain Gerlache (Photo: H. Hanse)

Alain Gerlache (Photo: H. Hanse)

Aujourd’hui, les auditeurs peuvent l’entendre dans Mediatic où il revient sur l’impact de la révolution numérique dans le secteur de la communication. On l’oublierait presque mais pendant des années, Alain Gerlache a été le journaliste politique de la RTBF: son émission A bout portant voyait défiler sur son plateau tous les hommes et femmes politiques du moment. C’était entre 1996 et 1999, année où il est devenu, à la surprise générale, le porte-parole de Guy Verhofstadt. Pour Apache, il revient sur son métier de porte-parole.

La rencontre avec Guy Verhofstadt

“C’est Guy Verhofstadt qui m’a appelé. Je ne le connaissais pas très bien. Je l’avais interviewé quelques fois. C’est lui qui m’a fait la proposition et cela correspondait à un moment où j’avais envie de changer d’air à la RTBF.

Ce qui m’a plus dans cette proposition, c’est que c’était une époque où il y avait un grand changement. C’était un gouvernement inédit, une coalition qui n’avait jamais existé avec un premier ministre libéral. J’ai trouvé que c’était une aventure à tenter. Cela avait surpris tout le monde, et je ne crois pas que dans une autre situation, j’aurais franchi le pas.”

La fin d’un sacerdoce

“Si de plus en plus de journalistes quittent leur rédaction, c’est parce qu’il y a une grande précarité dans le métier. Devenir porte-parole, cela permet de mieux gagner sa vie, en continuant de faire un métier dans la communication. Ce à quoi on assiste, c’est à une banalisation de ce changement qui s’accompagne d’une désacralisation du journalisme où on n’a plus l’impression que le journalisme est un sacerdoce, le journalisme est une profession. Comme n’importe quel métier, on peut passer à un autre métier, à une autre entreprise. Cela fait partie de l’évolution du monde journalistique.

Désormais, on a une vision plus professionnelle de cette fonction, d’où le fait qu’on puisse y passer de l’une à l’autre, sans trop de problème. C’est devenu banal, et plus comme une trahison des idéaux journalistiques.”

En communication politique, une grande part d’improvisation et de hasard

Il m’est arrivé régulièrement de devoir répondre à des questions, sans encore connaître la position de Guy Verhofstadt

“Je ne dirais pas qu’on découvre tout, ce n’est pas cela. Mais comme journaliste, il y a quand même des choses que je connaissais mal, que je n’imaginais même pas. Ce ne sont pas les jeux politiques qui m’ont le plus frappé, mais ce qui m’a étonné, c’est que comme tout journaliste, on a l’impression que tout en politique a été pensé, réfléchi, mais en réalité, la part d’improvisation et du hasard est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. C’est ce qui fait qu’on croit qu’il y a des tas de tractations, là où il n’y a que l’effet du hasard.

Il n’y a pas que cela. La vie politique est quand même moins organisée et systématisée qu’on ne le croit. Régulièrement, il m’est arrivé de devoir répondre à des questions, sans encore connaître la position de Guy Verhofstadt, et je ne pouvais pas le montrer car on a sa crédibilité à conserver. Je répondais donc comme je pensais qu’il allait répondre. Pour pallier à cette difficulté de l’improvisation, c’est important d’avoir un œil sur tous les dossiers et d’avoir une connaissance approfondie avec la personne pour laquelle on travaille. Il faut être plongé là-dedans à 1000 %.”

Dans cette vidéo de 2007, alors que le quotidien financier L’Echo l’interrogeait au sujet de la communication d’Yves Leterme, Alain Gerlache revenait également sur sa propre collaboration passée avec Guy Verhofstadt:

En dix ans, le métier de porte-parole a changé

“Mais le métier que j’ai fait avec Guy Verhofstadt entre 1999 et 2003 n’a plus rien à voir avec celui qui existe aujourd’hui. C’est plus complexe, plus compliqué, plus lourd à gérer. Quand j’étais porte-parole de Guy Verhofstadt, on était rythmé par la télé, la radio, la presse, mais maintenant, tout est instantané, il faut réagir en permanence. Cela change complètement le travail de l’attaché de presse. C’est plus compliqué aujourd’hui et en même temps, cela permet de développer un autre type de communication.”

Devenir militant politique?

Passer par un cabinet ministériel, cela apporte énormément à un journaliste

“Comme il s’agissait de devenir le premier ministre flamand, ce n’est pas aussi marqué que si j’avais travaillé pour un ministre ou un parti francophone. Ensuite, le premier ministre n’est pas amené définir la position d’un parti, mais celle d’un gouvernement et des partis qui le compose. On le voit bien avec Di Rupo aujourd’hui, il n’est plus aussi marqué socialiste qu’avant, cela vaut aussi pour son service de presse.

Puis, ce n’est pas nécessaire d’être dans un parti ou de passer dans un cabinet pour un journaliste militant. Je connais des journalistes, passés par la case attaché de presse, qui sont d’une rigueur totale. Mais passer par un cabinet ministériel, cela apporte énormément à un journaliste. Le paradoxe, c’est que je serais un bien meilleur journaliste politique maintenant qu’avant.”

Retour à la rédaction

“Ce qui m’a toujours posé question, c’est de savoir comment on est perçu par le public quand on passe de journaliste à porte-parole, et inversement ? Quand je suis devenu porte-parole, je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire par la suite. Mais en revenant à la RTBF, j’ai préféré ne plus faire d’actualité politique car quelque soit mon engagement pour être rigoureux, impartial dans mon travail de journaliste, je ne serais pas perçu par le public comme objectif ou neutre. J’ai donc préféré m’abstenir et me consacrer plutôt aux évolutions de la communication.”

Auteur: Pierre Jassogne

is freelance journalist.