Mais au fait, c’est quoi un chef de cabinet ?

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Chef de cabinet, poste de première importance. Qui plus est lorsque l’on sait que ce personnage, véritables patrons de la PME qu’est un cabinet ministériel, a la conséquente tâche de gérer le quotidien des dossiers dont un Ministre a la charge.

Di Rupo I

Di Rupo I

En dirigeant l’équipe, en filtrant et condensant les informations à destination du ministre, son influence sur les politiques menées peut se révéler significative. Et pourtant, peu de citoyens peuvent citer ne serait-ce qu’un seul de leurs noms. Tentons de remédiez à cela.

1. Quels sont les rôles d’un chef de cabinet?

La meilleure des images reste celle d’un patron. Régis Dandoy, chercheur au Centre d’étude de la vie politique (Cevipol), leur distingue deux rôles importants:

“D’abord, c’est un gestionnaire : les chefs de cabinet sont parfois à la tête d’équipes de 70 personnes. Ca représente une vrai petite PME dans laquelle il répartit les tâches, donne les grandes lignes de travail, garde un oeil sur les membres de son équipe, la comptabilité…

Mais il a aussi un rôle politique. Un ministre ne peut pas tout faire, tout savoir, être au courant de tous les accords qui existent dans son domaine. En plus de ça, il y a toute une série de fonctions médiatiques qu’il doit assurer et qui ne lui permettent pas d’être à temps plein au cabinet. Il faut donc préparer les dossiers à l’avance, les mettre à l’agenda.”

Ainsi, même si le dernier mot revient toujours au ministre, ses décisions résultent du travail réalisé en amont par des collaborateurs suivant les directives du chef de cabinet.

2. Quelles compétences pour ce poste ?

La casquette est lourde, la fonction exigeante. En plus des compétences intellectuelles nécessaires pour ce type de poste, le chef de cabinet devra pouvoir résister physiquement à cinq années souvent intenses de travail. Longues journées et courtes nuits ne mettent pas que les nerfs à l’épreuve. Régis Dandoy:

“Il faudra aussi quelqu’un capable de préserver le ministre, sa popularité, et les intérêts de tout le département auquel ils appartiennent. Ca veut donc dire aussi protéger l’image du parti que le ministre représente.”

3. Comment se déroule le choix du chef de cabinet?

Au vu des missions à accomplir, la nomination à ce poste relève parfois de la stratégie politique, parfois de la relation de confiance tressée au fil du temps. La chercheuse Marie Göransson, à la Solvay Business School, s’est déjà penchée sur la question des cabinets ministériels en Belgique. Pour elle, le choix du chef de cabinet dépend à la fois du ministre et de son parti:

“Pour des ministres aguerris, qui connaissent déjà la fonction, le choix dépendra surtout d’eux-même. Ils optent souvent pour des personnes des confiances, avec lesquelles ils ont l’habitude de travailler. Cette question de loyauté est très importante.

En revanche, lorsque le ministre est nouveau, ou qu’il est plus un “attrape-voix” que techniquement compétent, il peut être flanqué d’une belle-mère. C’est à dire que le parti va désigner un chef de cabinet suffisamment fort afin qu’il encadre le ministre et veille au respect de la ligne politique du parti.”

Entre compétences et affinités, il ne semble pas exister de critères objectifs à la nomination des “chefs de cab”. Du moins, lors de mes entretiens avec les porte-paroles des cabinets afin de connaître les motivations ayant conduit à l’engagement d’une personne plutôt qu’une autre à ce poste, certaines réponses se sont révélées bien évasives.

4. Chers chefs de cabinet

Maintenant que le contexte est posé, voyons ce que ce nouveau gouvernement fédéral compte comme chefs de cab’. Avec près de 18 ministres et secrétaires d’Etat, nous avons fait un choix des cabinets nous semblant les plus importants. En excluant celui du Premier ministre sur lequel de nombreuses lignes ont déjà été écrites.

Affaires Etrangères – Didier Reynders, ministre en charge 

  • Chef de cabinet de la cellule Affaires étrangères: François de Kerchove d’Exaerde

Qui est-il ?: Diplomate, ayant occupé des postes en Ambassades de Tokyo à Berlin, cet homme de 51 ans a l’habitude des enjeux internationaux. Déjà chargé de dossiers importants par le passé, son rôle sera ici de jouer l’interface entre le département des Affaires étrangères, les ambassades et le ministre.

Pourquoi a-t-il été choisi ? : Un peu agacé, le responsable de la communication du cabinet me détaillant ces données m’explique que Didier Reynder a utilisé ses réseaux dans l’administration et la diplomatie afin de réunir une série de noms. De là, il aurait jeté son dévolu sur François de Kerchove d’Exaerde.

  • Chef de cabinet de la cellule Vice Premier ministre : Olivier Henin

Qui est-il ?: Proche de Didier Reynder, il fait partie de l’entourage du ministre depuis le début des années 2000. Dans un petit portrait réalisé par Le Soir, on apprend que ce dernier abat un travail colossal, semblable à une ombre pour ce ministre MR qui a su le récompenser via d’autres postes clefs et rémunérateurs.

Pourquoi a-t-il été choisi? : “Dans la continuité de ce poste qu’il occupait déjà lors de la législature précédente” nous a-t-on affirmé.

 

Economie – Johan Vande Lanotte, ministre en charge

  • Chef de cabinet en charge des cellules Economie et Vice Premier ministre : Jan Cornillie

Qui est-il ?: Jeune et compétent, c’est le moins que l’on puisse dire. A 34 ans, le C.V de l’ancien directeur du centre d’études du sp.a comporte déjà quelques belles lignes : diplômé de la KU Leuven et de l’University College of London, le boulot de chef de cab ne lui est pas étranger. En 2003 et 2007, il avait déjà occupé ce poste aux côtés de Bert Anciaux et Kathleen Van Brempt.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: De par son poste de directeur du centre d’études du sp.a, il a été amené à suivre les négociations gouvernementales précédents la formation du gouvernement. Préparé et connaisseur des dossiers, la communication du cabinet nous affirme que Jan Cornillie aura pour rôle connexe de faire respecter la ligne du parti ainsi que l’accord de gouvernement.

 

Défense – Pieter De Crem, ministre en charge

  • Chef de cabinet en charge de la cellule Défense : Ludwig Van Der Veken

Qui est-il ?: La Défense, Ludwig Van Der Veken semble avoir été fait pour elle. Comme nous l’apprend son parcours professionnel, il y est entré très tôt : directement en 1986 après son service militaire. Licencié en Droit, il évolue et progresse au sein de ce Ministère en occupant divers postes, avant de devenir conseiller au cabinet du ministre de la Défense en 1992 :

“Il assumera la fonction de conseiller en Affaires Juridiques et Marchés de la Défense auprès de quatre Ministres de la Défense successifs.

Le 1er janvier 1995, il est promu directeur et le 1er avril 1997, il est nommé chef de cabinet adjoint de Monsieur le Ministre Poncelet.”

Il est désormais le Chef de la direction générale Appui Juridique et Mediation.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: De vieux compagnons, Pieter de Crem et lui. Dans le courant des années 90, comme le raconte le porte-parole du cabinet, les deux hommes se sont rencontrés alors qu’ils occupaient tous deux des postes proches du Ministre de la Défense. Mais il a été également choisi pour son haut niveau d’expérience et de compétence nous assure-t-on : il occupait d’ailleurs déjà ce poste lors de la précédente législature.

 

Intérieur – Joëlle Milquet, ministre en charge 

  • Chef du cabinet en charge de la cellule Intérieur : Cédric Visart de Bocarmé

Qui est-il ?: Magistrat de 58 ans, il était un des cinq procureurs généraux que compte le pays avant de rejoindre la tête de la cellule Intérieur au sein du ministère. Choix apparemment judicieux, puisque son mandat de procureur général de Liège prenait fin en janvier 2012. Il semble également abonné à ce genre de postes puisque dans le courant des années 1990, il a été chef de cabinet adjoint de Melchior Wathelet (cdh) et chef de cabinet de Stefaan De Clerck (CD&V), tous deux ministres de la Justice. Cédric Visart de Bocarmé, un homme du centre donc.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: Pour les trois chefs de cabinet de ce ministère, la chargée de communication du cabinet n’a pas su nous apporter des éléments probants permettant de comprendre pourquoi ces hommes avaient été choisis. Hormis le classique « Au vu de ses compétences… ».

  • Chef du cabinet en charge de la cellule Egalité des chances : Peter Vansintjan

Qui est-il?: Conseiller communal CD&V à Zottegem, il était déjà le chef de cabinet de la cellule Emploi lorsque Joëlle Milquet occupait la fonction de ministre de l’Emploi et de l’Egalité des chances dès 2008. Les photos de son petit site Internet sont aussi sympathiques que vintages.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: Dans la continuité de leur collaboration lors de la précédente législature.

  • Chef de cabinet du Vice Premier ministre : Philippe Donnay

Qui est-il ?: En visitant son profil LinkedIn, on apprend qu’après un passage de cinq ans au sein de la banque Degroof en tant que macro-économiste, il est entré au cdH en y occupant divers postes, dont celui de directeur du Centre d’études du parti : le CEPESS. Promu chef de cabinet adjoint en 2007, il atteint le poste de chef de cabinet de la Vice Première ministre Joëlle Milquet en mars 2008. Il se voit donc reconduit à ce poste dans le nouveau gouvernement fédéral.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: Dans la continuité de leur collaboration lors de la précédente législature.

 

Finances – Steven Vanackere, ministre en charge

  • Chef de cabinet de la cellule Finances : Eric kirsch

Qui est-il ?: A 62 ans, c’est un routinier des postes de l’ombre, un accompagnateur discret du centre et de la droite libérale flamande. Ancien chef de cabinet des Ministres et secrétaires d’Etat Jean-Luc Dehaene et Paula d’Hondt, il avait été nommé chef de cabinet du Premier ministre Yves Leterme en janvier 2010. Il avait fait partie de la garde rapprochée de Jean-Luc Dehaene, fin des années 1980, lors de l’établissement de la loi de financement des entités fédérées : c’était un des désormais célèbres “Toshiba boys“. Un amoureux des beaux chiffres donc.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: Non connu.

  • Chef de cabinet de la cellule Vice Premier ministre : Eddy Peeters

Qui est-il ?: Ancien chef de cabinet du ministre flamand de l’Emploi et de l’Environnement Theo Kelchtermans durant les années nonante, il a suivi Steven Vanackere des Affaires étrangères aux Ministère des Finances.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: Non connu.

 

Pensions – Vincent Van Quickenborne, ministre en charge

  • Chef de cabinet de la cellule Pensions : Luc Windmolders

Qui est-il ?: Ancien adviseur senior de Guy Verhofdstadt (Open VLD) lorsque ce dernier était Premier Ministre, il l’avait conseillé alors sur la matière des pensions. Luc Windmolders était à l’époque rattaché aux cellules “Marché du travail” et “Affaires sociales” du Premier Ministre. Après quelques années passées dans le secteur des télécommunications, le voilà de retour en tant que chef de cabinet.

Pourquoi a-t-il été choisi?: Selon la communication du cabinet, le choix s’est porté sur ces deux hommes après que le ministre aie pris contact avec divers personnes, dont des politiques. Ces deux hommes seraient alors apparus comme étant “les plus forts” pour ce poste.

  • Chef de cabinet de la cellule Vice Premier ministre : Ruben Lecok

Qui est-il ?: Une “star” au sein de l’Open-VLD affirme La Libre Belgique. A 32 ans, il a déjà été le directeur du centre d’études du parti et épaulait de très près les membres du parti libéral lors des négociations gouvernementales. Ses compétences économiques sont appréciées.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: Selon la communication du cabinet, le choix s’est porté sur ces deux hommes après que le ministre aie pris contact avec divers personnes, dont des politiques. Ces deux hommes seraient alors apparus comme étant “les plus forts” pour ce poste.

 

Justice – Annemie Turtelboom, ministre en charge

  • Chef de cabinet de la Ministre de la justice : Jan Poels

Qui est-il?: Tout juste débarqué de Turnhout où il était procureur, Jan Poels a d’abord fait ses armes au Palais de Justice d’Anvers en tant que substitut et porte-parole du Parquet.

Pourquoi a-t-il été choisi ?: non connu.

 

Affaires sociales – Laurette Onkelinx, ministre en charge

  • Directrice des cabinets de la Vice-Première, des Affaires sociales et de la Santé publique : Laurence Bovy

Qui est-elle ?: Elle entre en 1992 dans le monde des cabinets ministériels, grâce à son père comme elle l’explique dans cet entretien donné à TéléBurxelles. Juriste de formation, on y apprend qu’avant de terminer un cursus universitaire en Droit, elle s’est essayée au Théâtre en réussissant l’examen d’entrée de l’Insas. Même si elle s’en est faite “jetée après un an” comme elle le dit elle-même, elle ne regrette pas du tout cet échec.

Un portrait d’elle réalisé par La Libre Belgique nous apprend qu’elle a rejoint Laurette Onkelinx en 1999 alors que cette dernière était ministre de l’Emploi et de l’Egalité des chances : “[…] et depuis, elles font route ensemble, sauf entre 2003 et 2004 quand Laurence Bovy lui a faussé compagnie pour un intermède d’un an chez Rudy Demotte […].” Avant cela, elle avait déjà épaulé des membres bien connus du PS tels que Philippe Moureaux et Jean-Claude Marcourt.

En parallèle à sa fonction de cheffe de cabinet, elle a été la présidente du Port de Bruxelles avant de devenir l’actuelle Présidente du conseil d’administration de l’opérateur SNCB.

Pourquoi a-t-elle été choisie?: Non connu.

Auteur: Sylvain Malcorps

Manager d’Apache.be partie francophone, j’apprends tous les jours à faire mon métier de journaliste.

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