Le PS liégeois dans la tourmente: Alain Mathot

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Alain Mathot et Stéphane Moreau, tous deux bourgmestres PS de la région liégeoise, se retrouvent dans le radar de la justice. Nommés dans des courriers anonymes reçus par la justice en 2007 et 2008, la légalité de leurs agissements dans deux dossiers distincts pose question. Si bien que fin novembre 2011, Alain Mathot a été inculpé pour corruption et blanchiment d’argent, et que Stéphane Moreau a fait l’objet de diverses perquisitions.

Alain Mathot (affiche électorale - alainmathot.be)

Alain Mathot (affiche électorale - alainmathot.be)

Parlons poubelles et déchets. Il le faut pour comprendre l’affaire qui inquiète le bourgmestre de Seraing, Alain Mathot. En région liégeoise, l’intercommunale Intradel se charge du traitement des déchets de plus de 70 communes. Un sacré morceau. Début des années 2000, Intradel imagine un projet d’envergure : la construction d’un nouvel incinérateur à déchets permettant la production d’électricité. Et vu l’ampleur de la tâche, il apparaît judicieux de trouver un partenaire.

Et hop, une petite lettre anonyme

En 2005, le partenaire est choisi : la société française Inova participera à la construction de cette nouvelle « Unité de Valorisation Energétique » comme on dit dans le jargon. Les travaux durent trois ans et le ruban du nouvel incinérateur est coupé en septembre 2009, à Herstal. Dans cette vidéo promotionnelle, vous pouvez voir à quoi ressemble le projet fini:

Mais quelque chose cloche. En mai 2007, la justice a reçu une lettre anonyme qui dénonce des faits de corruptions entourant ce projet : certaines personnes auraient touché de l’argent grâce à la signature de ce contrat. Une enquête est ouverte, menée par le juge d’instruction Philippe Richard. Les noms d’Alain Mathot, de Frédéric et Michel Daerden sont cités.

Alain Mathot se défend : à l’époque de la signature du marché, il était simple conseiller communal à Flémalle, et n’avait donc aucun pouvoir de décision dans ce dossier. Mais là, un autre acteur du dossier intervient.

Avoir le “clan Mathot” dans la poche

Philippe Leroy dirige la société Inova. Dans son enquête publiée par le journal Le Soir, le journaliste Joel Matriche y révèle que ce dernier se voit également inculpé dans cette affaire et qu’il fournit des accusations à l’encontre Alain Mathot.

Selon le journaliste, Philippe Leroy aurait été mis au courant, par son prédécesseur à la tête d’Inova, qu’il était d’usage à l’époque à Liège d’être en de bons termes avec la famille Mathot lors de la signature d’un tel contrat. Cela aurait suffit à ce qu’Alain Mathot perçoive de l’argent de la société française.

Pour l’heure, le groupe Inova et Philippe Leroy n’ont toujours pas donné suite à mes demandes d’interviewes.

Un concurrent mécontent

L’enquête du journaliste fait également état de la rencontre par un employé du groupe CNIM, actif dans le traitement des déchets, de trois “intermédiaires” venu lui parler du projet de construction d’Intradel. Nous sommes en 2004, à Paris, et ces trois personnes font clairement comprendre à cet employé qu’ils pourraient aider la CNIM à remporter le contrat sous certaines conditions.

Pour l’heure, selon différents connaisseurs du dossier Inova/Intradel, le versement de près de 10 millions d’euros à divers intermédiaires est mentionné

Le groupe français refuse, et n’obtiendra finalement pas le marché de la construction du nouvel incinérateur liégeois. Et ce, malgré divers recours face à la justice belge par l’entreprise CNIM au motif de “non respect des règles en matière de marché public”.

Inculpation et Facebook réactions

Depuis la réception de cette lettre, diverses perquisitions ont été opérées : en 2008, dans les bureaux d’Intradel et au domicile de son Directeur général Roger Croughs. En 2010, au domicile d’Alain Mathot.

Dès que l’existence et le contenu cette lettre a été révélé, le bourgmestre de Seraing a martelé son innocence. Il a d’ailleurs très rapidement porté plainte contre X pour diffamation. Mais cela semble ne pas avoir suffi puisque le juge d’instruction Philippe Richard l’a finalement inculpé pour corruption et blanchiment d’argent le 29 novembre 2011.

Le jour même, sur sa page Facebook, Alain Mathot écrit qu’il a décidé de porter plainte contre un “responsable” de la société Inova France pour les motifs de calomnie, diffamation et imputation calomnieuse. Pour le Liégeois, cette personne l’accuse de malversation “sans aucune preuve et sans aucun fondement”.

Il s’y épanche également, quelques jours plus tard, en expliquant à “ses amis et concitoyens” qu’il est difficile pour lui de voir ses enfants vivre ce qu’il a lui-même vécu trente ans auparavant. Alain est la progéniture de Guy Mathot, personnage politique d’envergure à Liège, décédé en 2005. Son père avait été inculpé de corruption passive dans l’affaire Agusta, avant d’être finalement blanchi en 1998.

10 millions d’euros pour des intermédiaires

Pour l’heure, selon différents connaisseurs du dossier Inova/Intradel, le versement de près de 10 millions d’euros à divers intermédiaires est mentionné. L’intercommunale liégeoise des déchets s’est constitué partie civile dans l’affaire, depuis un moment déjà.

Intradel a tenu cependant à rappeler, suite à l’inculpation d’Alain Mathot, que le marché conclu avec Inova France “[…] a eu lieu dans le cadre d’un appel d’offres européen, une procédure qui présente la plus grande transparence”.

 

Auteur: Sylvain Malcorps

Manager d’Apache.be partie francophone, j’apprends tous les jours à faire mon métier de journaliste.

sylvain@apache.be
Facebook: Sylvain Malcorps

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