Le journalisme et les journalistes n'ont pas trop de soucis à se faire. Les médias par contre...

Ils en auront mis du temps, mais les journaux flamands "de référence" l'ont finalement compris: quelque chose ne tourne décidément plus rond dans le monde des médias. Si les avis divergent encore sur la question de savoir ce qui cloche, tous se retrouvent sur un même point: la vente des journaux papier ne rapporte aujourd'hui plus d'argent. Il faut donc changer et trouver de nouvelles stratégies. Autrement dit, ce n'est pas le journalisme qui est en danger, mais bien les groupes de médias eux-mêmes.

 

De vieux journaux (Photo: Ole Kristian Losvik/ juin 2010/ flickr)

De vieux journaux (Photo: Ole Kristian Losvik/ juin 2010/ flickr)

Novembre 2012. Wouter Verschelden, jusque-là rédacteur en chef du quotidien flamand De Morgen, est remplacé à ce poste par Yves Desmet. Le journal affirme alors vouloir revenir à ses valeurs premières: privilégier le journalisme d'investigation au détriment de contenus trop lifestyle. Avec ce changement de cap, basé sur des sondages réalisés auprès de leur lectorat, De Morgen espère bien à nouveau attirer le lecteur en communicant autour de contenus de qualité.

Un mois plus tard, c'est au tour Karel Verhoeven, rédacteur en chef de l'autre grand quotidien flamand De Standaard, d'exprimer ses craintes. Dans les pages de son journal, il s'est épanché sur le futur difficile que s'apprêtent à affronter les médias flamands et son journal en particulier:

"Dans cette tempête médiatique qui touche l'ensemble de la terre, la Flandre a pu pendant longtemps se préserver des intempéries majeures. Mais les temps changent: les chiffres de vente des magazines et des journaux ne cessent de diminuer, tout comme le nombre d'abonnés.

Désormais, la question qui obsède tous les éditeurs et les rédacteurs en chef, est de savoir si les lecteurs et les publicitaires sont prêts à payer pour accéder à de l'information en ligne. Et pas seulement quelques cents, non, car les contenus numériques publiés doivent apporter autant de qualité que ne l'ont fait jusque-là les journaux papiers."

Confondre le journalisme et les médias

Karel Verhoeven et Yves Desmet confondent les termes 'médias' et 'journalisme', comme s'ils étaient obligatoirement liés.

La bonne nouvelle, c'est que la phase de déni de la part des acteurs mêmes du secteur est finie: parler de crise ne fait plus peur. Mais cette étape, aussi importante soit-elle, risque de ne pas se révéler suffisamment salvatrice. Car pendant ce temps-là, c'est la notion même de journalisme qui leur file entre les doigts.

D'un point de vue démocratique, les mutations que connaît actuellement le journalisme s'avèrent bien plus remarquables que celle touchant l'univers des médias. Qu'un certain nombre d'entreprises du secteur se retrouvent dans une situation économique difficile n'est pas la chose la plus réjouissante au monde. Mais si cela permet à leur personnel de retrouver un emploi et des conditions de travail plus convenables ailleurs, ce sera surtout auprès des actionnaires de ces groupes qu'un goût d'amertume se fera ressentir.

Observez comment Karel Verhoeven et Yves Desmet ont tendance à confondre les termes "médias" et "journalisme", comme si ceux-ci étaient nécessairement et obligatoirement liés. Quelque part on peut les comprendre: durant des décennies, le journalisme n'a existé qu'au travers les pages des journaux papiers. D'abord le fait d'organisations politiques puis d'entreprises commerciales, les journaux ont toujours vu leur journalisme délimité par leurs propriétaires: des limites idéologiques d'abord, commerciales ensuite.

Mais aujourd'hui, il n'y a plus de raisons pour lesquelles le journalisme se devrait d'être la chasse gardée des médias. Ne dépendant plus d'organes de presse ou de grands groupes médiatiques pour exister, le journalisme a trouvé sur Internet un nouvel espace de développement. Ce qui signifie pour le journaliste, s'il parvient à dépasser le poids de l'habitude ou l'idée que seul un média peut le rémunérer, qu'il n'a plus l'obligation de se lier aux médias existant pour réaliser son travail.

Un tag de "Pac-Man" mangeant des dollars (Photo: Thierry Ehrmann/ janvier 2009/ flickr)

Un tag représentant Pac-Man mangeant des dollars (Photo: Thierry Ehrmann/ janvier 2009/ flickr)

Vision à court terme

Malheureusement, la prise de conscience qu'ont opéré les deux grands quotidiens flamands ne repose pas sur cette réalité nouvelle. Non. Leur changement de stratégie s'appuie sur des sondages auprès de lecteurs ou sur la constatation que le nombre de journaux vendus ne cesse de diminuer. Leur objectif premier reste de sauver leur médium autrefois si rentable, et en aucun cas d'améliorer la qualité de leur journalisme. Même si naïvement, certains espèrent que les changements de stratégies auront un impact positif sur ce dernier.

Cette vision court termiste risque de leur coûter cher. Sans compter que quotidiennement, les journalistes gagnent en force et pouvoir grâce au développement de nouvelles technologies liées au Web. Ils sont très peu nombreux à en avoir pris conscience. Mais lorsque ce moment viendra les rapports de force avec leurs employeurs risquent de complètement basculer. Alors en attendant, les médias devraient s'estimer heureux que les journalistes acceptent encore de travailler pour eux dans de telles conditions.

 

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